Ce weekend, la douane française a débarqué à la Japan Expo. Et ce qu'il s'est passé mérite qu'on en parle sérieusement.
Des petits créateurs ont vu leur stock saisi. Leurs fanarts détruits. Une amende de 200€ brandies. Le staff Japan Expo incapable d'intervenir.
Pendant ce temps, certains stands de copies industrielles importées coulaient des jours heureux.
Et ça, ça pose des questions. (Je te mets toutes mes ressources en bas de page)
J'ai fait un post linkedin sur le sujet
Ce que la douane est venue faire... et pourquoi c'est légitime
La mission officielle est claire : traquer les contrefaçons. Jouets, figurines, vêtements reproduits illégalement sur des licences manga. Des produits fabriqués en masse, importés, vendus sans aucune autorisation des ayants droit.
Sur ce point, difficile de contester. La contrefaçon industrielle cause un préjudice réel aux créateurs originaux, aux studios, aux éditeurs. Et la douane française est présente à la Japan Expo depuis 2012 précisément pour limiter ce phénomène.
Mais voilà où ça se complique.
Le problème : ça fonctionne sur signalement
Ce n'est pas un contrôle systématique et équitable de tous les stands. C'est quelqu'un qui pointe un stand. Une dénonciation. Un signalement.
Et ça change tout dans la façon dont la loi s'applique.
Parce qu'entre un container de figurines Naruto contrefaites débarquant de Shenzhen et un illustrateur qui a passé 40 heures sur un fanart vendu 8€ sur son stand, il y a une différence. Pas juridiquement, peut-être. Mais humainement, et dans l'impact réel sur le marché, absolument.
Fanart et contrefaçon : ce que dit vraiment la loi
Mettons les choses à plat. La contrefaçon, c'est vendre un produit sans avoir la licence. Point.
À ce titre, un fanart vendu sans autorisation de l'ayant droit est techniquement dans l'illégalité en France. Un créateur qui vend du fanart en convention est censé connaître ce risque.
Mais le droit n'est pas identique partout.
Et c'est là que le débat devient vraiment intéressant.
En France
La loi prévoit une exception pour la parodie, le pastiche et la caricature (Article L122-5 du Code de la Propriété Intellectuelle). Un fanart à visée humoristique, sans risque de confusion avec l'œuvre originale, peut être commercialisé.
Mais un fanart classique , même stylisé, même personnel , reste illégal à la vente sans licence.
La tolérance observée dans certaines conventions ne constitue pas un droit.
Aux États-Unis
Le principe du fair use offre plus de latitude.
Une œuvre transformative, parodique, peut être légale selon quatre critères : le but de l'utilisation, la nature de l'œuvre, la quantité reproduite, et l'effet sur le marché de l'original. Mais un fanart vendu sans caractère parodique reste illégal.
Au Japon
C'est là que la comparaison fait le plus mal.
Au Japon, les dōjinshi , ces publications de fans inspirées d'œuvres existantes , sont techniquement illégaux.
Mais ils sont tolérés de longue date, en petite quantité, notamment lors d'événements comme le Comiket. Les studios japonais eux-mêmes considèrent souvent cette culture fan comme un terreau créatif qui nourrit leur écosystème.
En France, cette zone grise n'existe pas légalement. Et c'est précisément le paradoxe d'une convention dédiée à la culture japonaise, sur sol français.
Ce qui me dérange vraiment
Le fanart, ce n'est pas neutre. C'est une façon de faire vivre une œuvre, de la prolonger, de lui trouver un nouveau souffle dans une communauté qui l'aime.
Ce n'est pas officiel. Mais ce n'est pas anodin non plus.
Un illustrateur qui dessine son interprétation d'un personnage, qui y met des heures, qui construit un univers à partir d'une passion , ce n'est pas la même chose qu'une usine qui sort 10 000 figurines plastique sans âme pour les revendre au prix fort.
Se retrouver à devoir détruire son stock devant le public, dans une convention dédiée à la culture qu'on aime, c'est une image qui fait mal.
Et qui a donné une teinte super triste à cette édition 2026 pour tous les créateurs concernés.
La loi a ses raisons. Mais parfois, ses angles morts aussi.
Ce qu'on peut retenir
La parodie est la seule exception claire permettant de vendre un fanart en France. Sans ça, la vente est illégale, même pour un travail entièrement original dans son exécution.
Les copies industrielles importées restent la vraie cible prioritaire de la lutte anti-contrefaçon. Pas les créateurs passionnés qui vendent en convention.
Le processus par signalement crée une inégalité de traitement difficile à défendre publiquement.
Et cette affaire pose une vraie question de fond : comment la France protège-t-elle la création , y compris celle qui naît de l'amour d'autres œuvres ?
Si tu veux aller plus loin, je te rajoute toutes les ressources nécessaires juste ici !
Mes sources :
YouTube Japan Expo 2026, la douane passe pour traquer les contrefaçonsActu.fr
À la Japan Expo, la douane passe les stands au peigne finDirect-Actu
La douane cible les conventions comme la Japan ExpoDouane.gouv.fr
La douane française présente à la Japan ExpoLégifrance
Article L122-5 du Code de la Propriété Intellectuelle
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Roxane

